Institut
Québécois de Socianalyse
Une approche clinique de la vie sociale

Présentation

En dépit de toutes difficultés, on peut
s’attendre à ce qu’un jour quelqu’un
s’enhardisse à entreprendre dans
ce sens la pathologie des
sociétés civilisées.


Sigmund Freud,
Malaise dans la civilisation

Si Freud ignorait qu’un jour des québécois allaient se lancer dans cette aventure, il avait cependant une conscience et une intelligence de la vie psychique inconsciente des collectivités. Se concentrant sur la psychanalyse, il n’avait pu s’attarder à développer une méthodologie et une conceptualisation de l’intervention sur la psyché collective, ni Jung d’ailleurs à qui on attribue à tort la découverte de l’inconscient collectif. Ils en avaient tous les deux l’intuition, mais leurs écrits sur le sujet procèdent davantage de l’essai que de l’ouvrage clinique et scientifique.

Il a fallu attendre jusqu’au début des années soixante-dix pour que trois sociologues cliniciens québécois (Jean Routier, Pierre Routier et Alain Barbeau) s’y attardent. Ils ont fondé le BRIC (Bureau de recherche et d’intervention clinique) et passé plusieurs années à s’efforcer de pénétrer dans ce monde invisible en cherchant d’abord les méthodologies et les moyens pour l’atteindre.

La somme de leurs travaux aboutit. Ils étaient les premiers à pouvoir affirmer qu’une collectivité possède une vie psychique inconsciente se traduisant de multiples manières dans la destinée de cette collectivité et des individus qui la composent. Ils pouvaient dire également que désormais on pouvait y avoir accès par des démarches cliniques spécifiques et une approche à caractère scientifique. On y apprenait au fil des découvertes et du temps qu’une collectivité pouvait être habitée par des débordements affectifs sains ou malsains, des sentiments, des malaises, des difficultés et problèmes chroniques, des rêves, des désirs et défenses, des projets, des angoisses et traumatismes, jusqu’aux pathologies dont elle ne pouvait pas avoir conscience sans aide. On y apprenait également que la vie sociale n’était pas dominée par la raison et la conscience, que son passé déterminait en grande partie son présent et son avenir, qu’une vie souterraine, inconsciente, œuvrait à créer et à développer des construction sociales sans que cette collectivité y prenne une part active à l’aide de la pensée, la réflexion, l’échange...

Des diagnostics pouvaient désormais être posés sur une collectivité et des traitements demeurent accessibles. En prenant connaissance de la vie singulière d’une collectivité, on se rendait compte de sa complexité, de ses besoins fondamentaux, en particulier : s’exprimer et être aidée à le faire. Le lieu de parole collective fut l’un des premiers dispositifs créés pour aider une collectivité à prendre la parole. Au fil de son usage nous devions comprendre le potentiel énorme de cet outil. Non seulement il peut servir à poser un diagnostic, à traiter une pathologie, à aider à solutionner des problèmes ponctuels, mais il aide aussi à renforcer le lien social des êtres humains. Ainsi, les créations civilisationnelles comme le politique, les arts, la culture, les institutions… peuvent bénéficier d’un apport extrêmement créateur. En aidant les collectivités à se rassembler et à prendre la parole, à prendre part directement à la chose sociale, elles s’ouvrent à la responsabilisation, au développement d’une plus grande compréhension du réel, à faire de plus grands pas vers le savoir, à découvrir de nouvelles voies éloignées de la partisannerie et de la croyance, à développer un esprit plus critique et une plus grande capacité d’analyse.

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